Le contexte historique

L'annonce faite à Camille

 

Camille Claudel, fille ainée d'une famille de la petite bourgeoisie provinciale, révèle précocement des dons pour la sculpture.

En 1883, sa rencontre avec Auguste Rodin marquera définitivement le monde de l'art. Camille noue une relation passionnée avec le sculpteur, également réputé pour ses nombreuses aventures sentimentales.

En 1898, Camille choisira de quitter le grand homme pour prouver son indépendance artistique, mais son caractère entier et son génie reconnu, ne suffiront pas à imposer ses œuvres et lui assurer une indépendance financière.

À partir de 1913, l'état de santé de Camille Claudel se détériore, elle vit cloitrée chez elle, en proie à des délires paranoïaques dont Rodin « et sa bande » sont la cible. En 1913, le père de Camille meurt, et seulement une semaine plus tard sa mère demandera son internement en asile psychiatrique (de Septembre 1914 à Octobre 1943, à l'asile de Montdevergues dans le Vaucluse). Camille Claudel vivra ainsi coupée du monde jusqu'à sa mort en 1943. Malgré de nombreuses lettres émouvantes dans lesquelles elle exprime son souhait de retrouver les siens, elle reste confinée dans un isolement total à la demande de sa mère qui donne des consignes très strictes aux médecins : aucun contact avec l’extérieur, hormis avec elle-même, sa sœur et son frère.

En trente ans, la mère de Camille Claudel ne sera jamais venue la voir, et son frère Paul (le célèbre poète et auteur dramatique) treize fois.

Tout au long de son internement, elle criera son désespoir de devoir rester ainsi enfermée mais conservera une liberté : celle de ne pas sculpter… En effet, jamais plus elle ne pratiquera son art.

 

Elle écrit peu avant la mort de sa mère : " Après quatorze ans aujourd’hui d’une vie pareille, je réclame la liberté à grands cris. Mon rêve serait de regagner tout de suite Villeneuve et de ne plus en bouger ".

Elle supplie sa sœur Louise, lors de son unique visite en 1930, et Paul dans chacune de ses lettres, de la laisser rentrer chez elle. En vain.

 

Ce n'est qu'à sa mort en 1943, que Paul Claudel regrettera : "Amer, amer regret de l’avoir abandonnée ! ". Aucun membre de sa famille n’assistera à son enterrement qui se déroulera dans le carré du cimetière de Montfavet, près d’Avignon, réservé aux aliénés.

 

Le génie reconnu aujourd'hui de cette artiste prend une ampleur particulière à l'analyse de cet abandon qui sera très discuté sur le tard à la lecture des rapports psychiatriques qui mettent en évidence un état pathologique plus mélancolique et dépressif que réellement délirant et dangereux. Les lettres écrites par Camille Claudel à sa famille laissent en effet penser qu'elle avait encore "toute sa tête", et rendent d'autant plus suspect cet internement abusif, qui ne semble pas avoir perturbé plus que cela son frère (à la dévotion revendiquée) qui dira en 1951, lors de son élection à l’Académie française : " Ma sœur Camille avait une beauté extraordinaire, de plus une énergie, une imagination, une volonté tout à fait exceptionnelles. Et tous ces dons superbes n’ont servi à rien : après une vie extrêmement douloureuse, elle a abouti à un échec complet. Moi, j’ai abouti à un résultat. Elle, elle n’a abouti à rien ".

 

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